Paul Verlaine

Paul Verlaine, le célèbre poète, est connu pour ses écrits émouvants et souvent tourmentés, mais peu de personnes ont pris le temps de découvrir les Confessions dans lesquelles il nous raconte ses premières années, passées à Montpellier et grâce auquel il nous entretient de ses rencontres insolites avec la faune montpelliéraine. Ces anecdotes, à la fois comiques et tragiques, révèlent une facette inattendue de la vie de Verlaine, illustrant son quotidien montpelliérain ponctué par des créatures aussi étranges que fascinantes qui ne devaient pas manquer de solliciter son exceptionnelle capacité d’observation.

Le scorpion nageur

****La première de ces rencontres qu’il veut bien nous livrer eut lieu avec un scorpion, un événement qui semble tout droit sorti d’un conte fantastique. Alors que le jeune Paul Verlaine remuait l’eau d’une verre avec une longue cuillère pour faire fondre le sucre, il aperçoit soudain une petite créature se débattant dans le liquide.

« Bébète ! » s’écrie-t-il, en remarquant ce scorpion transparent qui, dans le roulis de l’eau, ressemblait plus à une crevette qu’à un méchant arthropode.

Plus de peur que de mal toutefois… L’incident se conclut de manière dramatique pour l’animal, jeté au feu, mais laisse une empreinte mémorable dans les souvenirs du poète, une preuve tangible de la faune discrète mais bien présente de Montpellier, une faune qui a bien changé…

Une sangsue trop gourmande

Un autre épisode marquant impliquant la faune locale survient peu de temps après. Paul Verlaine, tombé malade, se voit appliquer une sangsue, méthode courante de l’époque pour diverses afflictions. Cependant, cette expérience prend une tournure alarmante lorsque la bonne, chargée de surveiller l’opération, s’endort. La mère de Verlaine, en rentrant de ses courses, découvre son fils dans un état inquiétant : le lit est taché de sang et le poète en syncope, la sangsue ayant poussé son « amour du métier » un peu trop loin. Malgré la gravité apparente de la situation, Verlaine en sort indemne mais en garde une marque indélébile, associant cet épisode à sa pâleur et à la blancheur de sa peau dans ses années futures.

« quelque temps après mes démêlés avec le scorpion dont il vient d’être question, étant tombé malade, je dus subir l’application d’une sangsue qui poussa le zèle et l’amour du métier si loin que, ma bonne s’étant endormie au lieu de surveiller les progrès normaux de l’opération et de retirer l’avide huridiné juste après le temps moral d’une succion consciencieuse, lorsque ma mère, revenue d’une course, entra dans la chambre où j’étais couché, pour s’enquérir, elle trouva mon petit lit tout rouge de sang et moi en syncope. »

Aucune puce ne résiste aux pistolets montpelliérains

Enfin, parmi les dernières rencontres faunistiques de Verlaine à Montpellier, figurent les célèbres puces. Ces petites créatures étaient si omniprésentes dans la ville qu’elles en devenaient presque des compagnons quotidiens pour les habitants, qui leur avaient même attribué le surnom affectueux de « mimis ». Verlaine, bien que rarement victime de ces parasites, observe avec amusement les méthodes locales pour s’en débarrasser. Les Montpelliéraines utilisaient des « pistolets », non pas des armes à feu, mais des bouts de tissus en flanelle spécialement conçus pour capturer et éliminer les puces. La description pittoresque de Verlaine évoque les femmes saisissant rapidement leur arme de prédilection, frappant leurs bras, leurs cous ou sous leurs jupes, emprisonnant les puces dans les poils du tissu avant de les écraser d’un coup d’ongle précis. Cette pratique, bien que rudimentaire, témoigne de l’ingéniosité populaire face aux petits désagréments de la vie quotidienne.

Les Montpelliéraines « avaient en réserve une pièce de flanelle qu’elles dénommaient pistolet et dès qu’elles se trouvaient plus agacées que de coutume par l’indiscrète bestiole, elles saisissaient vite leur arme et pan ! sur le bras, pan ! dans le cou, pan ! sous la jupe, elles frappaient l’ennemi, le tenaient prisonnier dans les poils de l’étoffe, et clic et clac ! d’un revers d’ongle, c’en était fait de ce pauvre « mimi »… en attendant les autres. »

Ces anecdotes montrent une autre dimension de Verlaine, loin des salons littéraires et des tourments poétiques, immergé dans un monde où la nature et ses créatures jouent un rôle non négligeable. Elles apportent une touche d’humanité et de réalisme à sa vie, rappelant que même les grands poètes ne sont pas à l’abri des caprices de la faune locale. Les rencontres de Verlaine avec le scorpion, la sangsue et les puces de Montpellier enrichissent son histoire personnelle de détails surprenants, ajoutant de la couleur à la figure souvent austère et dramatique que l’on imagine de lui. Ces épisodes, à la fois drôles et inquiétants, nous rappellent que la vie des poètes est tissée de mille petites aventures, chacune contribuant à forger leur sensibilité et leur vision du monde.

Commentaire 1 : • Ces pistolets eurent une longue existence.

Souvenirs de ma propre grand-mère qui harassée par les mouches en étéme demandait d’aller chercher le pistolet. Pendant bien longtemps, on en vendit dans les foires de Montpellier et de l’arrière-pays, mais aussi dans les merceries. Ces pistolets semblent même avoir eu une longue existence dans les merceries de Mèze.

simon Beros

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