A la suite de la publication que j’ai partagé sur le groupe à propos des exécutions publiques des protestants au 16ème siècle, et qui a ému nombre d’entre nous, je me suis dit qu’il serait bien de vous rappeler cet ancien article portant sur un Edit majeur dans l’histoire du protestantisme français.
En jetant aux oubliettes l’héritage de Louis XVI, on a volontairement passé sous silence l’édit de tolérance qu’il signa en novembre 1787 et qui, deux ans avant la Révolution Française, accordait aux Protestants du Royaume, un état civil.
Il faut rappeler que jusqu’à cette date, du moins depuis 1685, seuls les mariages célébrés devant l’autel de l’église apostolique romaine, religion officielle du royaume, étaient valables. Ceci, comme on peut s’en douter, n’était pas sans poser de difficultés pour les héritages et les transferts de propriétés dans les familles protestantes. Ainsi, tous les mariages célébrés au Désert étaient sans valeur juridique et les enfants, nés de ces unions, non portés sur les registres paroissiaux de baptême tenus par les serviteurs de l’Eglise de Rome, n’avaient pour ainsi dire aucune existence légale et pouvaient être exclus des successions, au grand contentement de cousins et parents restés dans la bonne religion.
C’est par cette reconnaissance d’un lien matrimonial que les nombreuses familles protestantes qui vivaient dans une pseudo clandestinité purent réellement trouver droit de cité. Ce document leur assure en effet le droit de mener une existence paisible dans le royaume de France, sans pouvoir y être d’une quelconque façon discriminé sous le prétexte de leur Religion. Cet édit ne leur accordait toutefois pas une totale égalité avec les catholiques. Ils demeuraient exclus des charges d’Etat, tout comme des professions militaires.
La ratification de cet édit était le résultat d’un long processus qui avait débuté vers la fin des années 1760 et qui cherchait à assurer une reconnaissance légale aux “non-catholiques”. Cette avancée doit être reliée à deux hommes : le général de La Fayette et à un languedocien, lié à Nîmes et Montpellier familialement, le pasteur Rabaud de Saint-Etienne, mais aussi au ministre Chrétien-Guillaume de Lamoignon de Malesherbes. Ces trois hommes militaient sans relâche pour une émancipation des protestants.
L’esprit des Lumières, qui avait rayonné jusqu’aux Etats-Unis, et qui avait été porté par l’Encyclopédie, les guidait dans ce désir. La France, pays où elles étaient nées, se devait d’être tolérante.
Il faut cependant préciser que cet édit n’octroyait pas la reconnaissance officielle des mariages au Désert, mais elle offrait à ceux qui s’étaient mariés devant un pasteur, la possibilité de déclarer cette union devant un juge royal ou devant le curé de la paroisse qui se devait de l’enregistrer en tant qu’officier de l’état civil. Il en était de même pour les naissances et les décès… C’est ainsi qu’on assista dans les premiers mois de l’année 1788, à un grand nombre de déclarations d’unions protestantes et de reconnaissances d’enfants qui étaient jusqu’alors considérés comme illégitimes.
Cet édit fut validé deux mois après par le Parlement qui rappela toutefois que la religion catholique demeurait la religion officielle du royaume.
Il fallut attendre la Révolution pour que les Protestants puissent de façon officielle occuper des fonctions publiques, entrer dans l’armée ou enseigner. Ce ne fut réellement qu’avec la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 et par une loi constitutionnelle du 24 décembre de la même année que fut accordée de façon pleine et entière la liberté de conscience au peuple français…
De là s’écriront toutes les histoires du 19ème et 20ème siècle, notamment celle de la laïcité… qui m’est si chère…
Illustrations : Le Prêche au désert de Max Leenhardt, Musée du Désert à Mialet.




