L’histoire de Marie de Montpellier est à l’origine de l’installation de la famille royale d’Aragon puis de Majorque en tant que seigneurs de Montpellier pendant la majeure partie des 13ème et 14ème siècles.
Née vers 1181/1182, Marie est en fait la dernière représentante des Guilhem de Montpellier qui eut un lien avec notre bonne ville.
Elle est née de l’union de Guilhem VIII de Montpellier et de d’Eudoxie Comnème, qui appartenait à la famille impériale de Byzance et descendait directement des capétiens par la dynastie des Bourgogne. Très rapidement, une première fois, à l’âge de 11 ans, on la maria à Raymond Geoffroi II dit « Barral », le vicomte de Marseille, qui mourut peu de mois après cette union. Après cinq années de veuvage, ses parents lui donnèrent un autre époux en la personne du comte de Comminges, Bernard IV. A l’occasion du contrat de mariage, toujours poussée par ses parents, elle s’engageait à renoncer à ses droits légitimes sur la seigneurie de Montpellier et consentait à les abandonner à ses demi-frères issus du second mariage de son père, avec Agnès de Castille et en particulier à Guilhem, le futur Guilhem IX. Mais Marie, ayant été forcée de signer cet acte de mariage sous la contrainte souhaita le faire casser (pour la petite histoire son époux était déjà marié et ces mariages n’avaient pas été dissous).
C’est dans ce contexte politique que Montpellier se révolta contre son nouveau seigneur, Guilhem IX, et rendit à Marie le titre de seigneur de Montpellier que ses parents et ses frères lui avaient usurpé… Marie redevient dame de Montpellier le 15 juin 1204 au grand soulagement des notables de la ville. Vers l’âge de 22 ans, elle reprit donc les fonctions de son père et fut reconnue en tant que seigneur de Montpellier et d’Aumelas. Elle épousa alors le 15 juin 1204, Pierre II d’Aragon qui en profita pour annexer Montpellier à sa couronne et hypothéquer cette ville. Le couple souverain accepta alors de signer la « charte des coutumes et libertés » qui transformait la terre seigneuriale de Montpellier en authentique démocratie consulaire. Mais comme bien souvent à Montpellier, une nouvelle révolte eut lieu à Montpellier en 1206. La population, et notamment les puissants marchands, dans un souci d’émancipation, souhaitaient que leur souverain s’acquitta des dettes qu’il avait contractées auprès d’eux. Ce fut alors une nouvelle étape dans la vie malheureuse de Marie. Son époux souhaita qu’elle abandonna ses droits sur Montpellier à leur fille Ancie, âgée d’un an qu’il venait de fiancer au comte Raymond VII de Toulouse. Marie n’eut d’autres choix que d’accepter… tout en espérant que ce contrat serait invalidé pour avoir été obtenu par la contrainte.
Une tentative de réconciliation entre les deux époux eut lieu au château de Mireval. Jacques Ier d’Aragon, le futur conquérant, naquit à Montpellier le 2 février 1208… Doté d’un fils qu’il donna en otage à Simon de Montfort, Pierre II d’Aragon n’avait plus besoin de son épouse et tenta de la répudier pour épouser la fille du roi Philippe Auguste.
Marie se mit alors en quête de soutiens, pensant dans un premier temps aux Templiers en 1209 lorsqu’elle rédigea son premier testament, puis dans un second temps au Pape en 1213, auprès duquel elle était allée demander de s’occuper de son fils. Elle mourut la même année à Rome, et fut inhumée dans la chapelle Sainte-Pétronille à Saint-Pierre-de-Rome. Son époux devait mourir quelques mois plus, le 12 septembre, lors de la bataille de Muret. Ainsi s’acheva la courte vie de Marie de Montpellier, la dernière des Guilhem de Montpellier, après 32 ans années de combat contre les ambitions de ses parents et de ses époux…



